L’Art Moderne

C’est quoi, l’art moderne ?

Histoire de l’art moderne

L’art moderne désigne une multitude de styles et de mouvements en rupture avec les canons esthétiques prédéfinis à la Renaissance. Pour Baudelaire, la modernité est « le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » De l’impressionisme au Pop Art, en passant par toutes les avants-gardes du 20 siècle, de la figuration à l’abstraction, focus sur un siècle en permanente révolution.

L’art moderne rompt définitivement avec les codes traditionnels du passé. C’est en découvrant la peinture de Manet, et notamment son Déjeuner sur l’herbe (illustration ci après), exposé en 1863 au Salon des Refusés, que Baudelaire forge la notion de « peintre de la vie moderne ». Dès l’origine, l’idée de modernité est liée à celle de réel, mais aussi de progrès. L’impressionnisme est le premier mouvement artistique qui rompt brutalement avec la tradition.

Après un retour à l’idée, avec le symbolisme (qui se prolonge dans le surréalisme), suit au début du XXe siècle une ribambelle de « réactions » et de « retours à l’ordre » au sein d’avant-gardes (fauvisme, cubisme, futurisme, expressionnisme, abstraction, etc.) pour lesquelles la forme est au cœur de leurs enjeux, et qui revendiquent chacune leur tour la nouveauté. Synthétisée, abstractisée, éclatée, diluée, engagée dans la vitesse ou le mouvement, la forme répond à des questionnements philosophiques, voire spirituels, qui agitent les artistes en cette première moitié de siècle marqué par des guerres sans nom.

La réaction heureuse du Pop Art d’après-guerre compose le versant optimiste de l’art moderne, résolument exalté, porté vers le progrès, et donc, déjà, vers une « fin de l’art » problématique que l’« art contemporain » devra par la suite résoudre.

Illustrations :

– Vassili Kandinsky, Composizione VIII, 1923
–  Edouard Manet, Le déjeuner sur l’herbe, 1863
– Pablo Picasso, Les Demoiselles d’Avignon, 1907

Dossier Histoire de l’art moderne, featuring (sans ordre d’apparition particulier) : Vassili Kandinsky, Pablo Picasso, Edouard Manet, Georges Seurat, Paul Signac, Emile Bernard, Paul Gauguin, Maurice Denis, Edouard Vuillard, Pierre Bonnard, Paul Gauguin, Vincent Van Gogh, Henri De Toulouse-Lautrec, Gustave Moreau, Pierre Puvis de Chavannes, Odilon Redon, Fernand Khnopff, Léon Spilliaert, Gustav Klimt, Ferdinand Hodler, Arnold Böcklin, Aubrey Beardsley, Edvard Munch, Egon Schiele, Karl Schmidt-Rottluff, Ernest Ludwig Kirchner, Emil Nolde , Arnold Schönberg, André Derain, Henri Matisse, Albert Marquet, Georges Rouault, Maurice de Vlaminck, Georges Braque, Albert Gleizes, Jean Metzinger, Umberto Boccioni, Gino Severini, Carlo Carrà, Luigi Russolo, Giacomo Balla, Franz Marc, Gabriele Munter, Piet Mondrian, Théo Van Doesburg, Kasimir Malevitch, Marcel Duchamp, Raoul Hausmann, John Heartfield, Giorgio De Chirico, René Magritte, Max Ernst, Joan Miró, André Masson, Jean Arp, Yves Tanguy, Henri Michaux, Alberto Giacometti, Hans Bellmer, Salvador Dalí, Jackson Pollock, Robert Motherwell, Marc Rothko, Barnett Newman, Clyfford Still, Asger Jorn, Karel Appel, Pierre Alechinsky, Pierre Soulages, Olivier Debré, Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Claes Oldenburg, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, David Hockney, Arman, César, Yves Klein, Martial Raysse, Raymond Hains, Jean Tinguely, Jacques Villeglé, Daniel Spoerri.

Pointillisme, Nabis et symbolisme

En réaction ou dans le prolongement des expérimentations des impressionnistes, de nombreux peintres de la génération suivante, guidés par un individualisme fort, ouvrent de nouvelles voies artistiques.

Dans les années 1880, les néo-impressionnistes (ou pointillistes), menés par Georges Seurat puis Paul Signac, basent leur esthétique sur la théorie du mélange optique des couleurs. Parallèlement naît à Pont-Aven, en Bretagne, le synthétisme, issu des échanges entre Emile Bernard et Paul Gauguin, qui exerce une influence importante sur le groupe des Nabis, fondé autour des figures de Maurice Denis, Edouard Vuillard et Pierre Bonnard. Par ailleurs, certains peintres de la période ne peuvent être classés dans une catégorie esthétique, tant leur individualité créatrice est forte : l’œuvre de Gauguin, Van Gogh ou Toulouse-Lautrec est trop personnelle et chargée des significations profondes du vécu pour être partagée.Le symbolisme en Europe
A ces réactions plastiques à l’impressionnisme correspond une réaction plus littéraire au naturalisme et à toute référence trop stricte au réel. Le refus de la réalité banale et l’aspiration au rêve et à un Idéal constituent ses fondements : le symbolisme se situe dans la continuité directe du romantisme et annonce le surréalisme. Né au moment de l’émergence de la psychanalyse, ce mouvement international met au premier plan dans l’œuvre d’art tant l’inconscient individuel de l’artiste que l’inconscient collectif. Involontairement, des peintres tels Gustave Moreau, Pierre Puvis de Chavannes ou Odilon Redon deviennent les référents de toute une génération d’artistes français (Gauguin, les Nabis) et belges (Khnopff, Spilliaert). Dans les pays germaniques (Klimt, Hodler, Böcklin), ou en Angleterre (les préraphaélites, Beardsley), le romantisme encore vivace facilite la naissance du symbolisme.Illustrations:

– Gustav Klimt, Le Baiser, vers 1907
– Arnold Böcklin, Insel der Toten, 1880

Expressionnisme et fauvisme

Inaugurant l’art du XXe siècle, expressionnisme et fauvisme révolutionnent la perception picturale.

L’expressionnisme allemand
Autre réaction à l’impressionnisme, l’expressionnisme apparaît en Allemagne vers 1905. Ce mouvement antinaturaliste, dont les précurseurs sont Van Gogh, Munch ou Schiele, explore les méandres de l’âme humaine et la fascination de la mort avec une violence paroxystique, visible dans la représentation de corps et de visages torturés ou de paysages angoissants. L’art dissonant des peintres du Brücke (Pont) à Dresde (Schmidt-Rottluff, Kirchner, Nolde) est contemporain des recherches du compositeur (et peintre) Arnold Schönberg sur la musique dite « atonale » et très proche du fauvisme né au même moment en France.Le fauvisme au Salon d’Automne
Le fauvisme, en portant à l’extrême le principe de liberté de perception issu de l’impressionnisme est, selon Derain, l’« épreuve du feu » de la peinture. Révélé au public de manière spectaculaire lors du Salon d’Automne de 1905, le mouvement initié par Matisse affirme l’autorité de l’artiste dans le choix de couleurs autonomes, tout en tenant compte de la leçon synthétiste de Gauguin. Derain, Marquet, Rouault, Vlaminck sont, avec Matisse, ses principaux représentants, mais dès 1908, chaque peintre part en quête d’une voie personnelle.Illustrations:

– Edvard Munch, Le cri, 1893
– Henri Matisse, Le bonheur de vivre, 1905-1906

L’art comme révélateur de l’inconscient

Dada et le surréalisme

La Première Guerre mondiale marque pour les artistes une impasse : peu d’entre eux parviennent à évoquer l’horreur des tranchées, et de cette frustration naît une forme d’art qui se désolidarise du réel et désacralise toutes les valeurs qui n’ont plus lieu d’être. Du mouvement Dada naîtra le Surréalisme qui gagne toute l’Europe.

Du nihilisme ambiant surgit le mouvement Dada, fondé par le poète Tristan Tzara à Zurich en 1916. Assemblage, hasard, accumulation sont mis en œuvre par les artistes dada (Duchamp, Hausmann, Heartfield) pour renverser les valeurs bourgeoises et nier la suprématie de l’artiste.La naissance du surréalisme
Le surréalisme qui voit le jour en France au début des années 1920 est directement issu de Dada, et comme le symbolisme, apparaît d’abord sous forme littéraire avec les essais d’écriture automatique de Breton, Aragon et Soupault. André Breton est le véritable « pape » du surréalisme : très influencé par Freud et la psychanalyse, il en rédige le Manifesteen 1924, dans lequel il affirme le rôle de l’art comme révélateur de l’inconscient, par l’avènement du désir et du rêve dans l’œuvre d’art, où l’image serait une « épiphanie » aux sens multiples. Nombre d’artistes se reconnaissent alors dans cette recherche d’une subjectivité exacerbée : si certains, tels De Chirico, Magritte, Picasso ou Duchamp, restent en marge du mouvement, tout en voyant leur œuvre célébrée par Breton, d’autres s’y impliquent totalement, tels Ernst, Miró, Masson, Arp, Tanguy, Michaux, Giacometti, Bellmer ou Dalí.Les conséquences du surréalisme dans l’art du XXe siècle sont immenses, puisqu’elles mettent au centre de l’œuvre d’art le « fonctionnement réel de la pensée » et, en rejetant toute révérence à l’art ancien, ouvrent la voie à la liberté autoritaire de l’artiste, seul maître de ses pulsions créatrices.Illustrations :

– René Magritte, Le chant de la violette, 1951
– Salvador Dalí, Clock explosion, 1954

S’extraire de la réalité, celle de la guerre.

Abstractions et peinture abstraite

Dans les années 1910, alors que la guerre met l’Europe à feu et à sang, se cristallise dans l’imaginaire des artistes la nécessité d’atteindre un autre stade de l’art, l’abstraction, qui constitue sans doute l’une de ses plus importantes révolutions conceptuelles.

Kandinsky et le Blaue Reiter
En 1910, Kandinsky exécute la première aquarelle abstraite et rédige Du Spirituel dans l’art, dans lequel il souligne que l’abstraction résulte d’une « nécessité intérieure » et d’une intuition, en particulier face à Dieu et à la musique. Un an plus tard, à Munich, un certain nombre d’artistes (Marc, Munter) se regroupent sous le nom de Blaue Reiter (Cavalier Bleu) autour de Kandinsky, et tentent de réaliser avec lyrisme, et par une vision bien moins noire que les peintres du Brücke, des équivalences entre sensation, lignes et couleurs. La progression solitaire de Mondrian vers l’abstraction est moins brutale : de ses premières toiles impressionnistes, le peintre néerlandais glisse peu à peu vers une essentialisation des formes, jusqu’à arriver à une orthogonalité stricte et des couleurs pures. En 1918 paraît le premier Manifeste du mouvement néoplasticiste, signé notamment par Van Doesburg : y est proclamé qu’en peinture, toute subjectivité doit être bannie, et avec elle le dynamisme, le mouvement et l’irrégularité.L’abstraction « pure » de Malevitch
C’est aussi un chemin vers une abstraction « pure » qu’emprunte le Russe Malevitch, qui publie en 1915 le Manifeste suprématiste, deux ans après avoir peint son premier Carré noir sur fond blanc. Tout comme chez Kandinsky, la quête de Malevitch est spirituelle, et vise une dimension cosmique qui libèrerait totalement la peinture de toute référence au monde extérieur.Illustrations :– Piet MondrianComposition with red, yellow blue and black, 1921
– Vassili Kandinsky, Composition VI, 1913

L’abstraction gestuelle et chromatique

Expressionnisme abstrait

Dans l’immédiate après-guerre, en écho à la libération des pulsions revendiquée par les surréalistes, les peintres américains liés à l’expressionnisme abstrait laissent libre cours à leur inspiration et au geste pictural.

L’expressionnisme abstrait américain
Aux Etats-Unis, en particulier à New York, certains artistes américains, dont Jackson Pollock et Robert Motherwell, subissent l’influence directe des surréalistes émigrés dans les années 1940. L’expressionnisme abstrait, qui se développe dans les années 1950-1960, prend alors deux formes contradictoires. La plus agressive, l’action painting de Pollock, consiste à considérer la peinture comme un geste, une action de l’artiste, où le hasard de la matière (les drippings) a sa place. Certains peintres pratiquent le all over, couvrant entièrement la toile de peinture. Tendance plus zen, la colorfield painting (peinture du champ coloré) est plus méditative et introspective. Ses représentants majeurs sont Marc Rothko, Barnett Newman et Clyfford Still. Le groupe CoBrA
Pendant ce temps, en Europe, les enjeux de la peinture sont tout aussi débattus. Le groupe CoBrA, composé d’artistes provenant des trois grandes capitales Copenhague, Bruxelles et Amsterdam, se forme en 1951. Les artistes, dont Asger Jorn, Karel Appel et Pierre Alechinsky font appel à une peinture violente, sauvage, agressive, qui rejoint par son caractère convulsif l’action painting américaine.L’abstraction lyrique en France
En France, autour de 1950, l’abstraction lyrique conteste la prédominance de l’abstraction géométrique : Pierre Soulages, Zao Wou-Ki ou Olivier Debré ont pour but de faire primer « l’instinct et la spontanéité sur la théorie et le fait poétique sur le savoir-faire », et exercent ainsi une influence importante sur le mouvement outre-Atlantique.Illustrations :

– Marc Rothko, Green, Red, Blue, 1955.
– Pierre Alechinsky, La Jeune Fille et la Mort, 1966-1967
– Jackson Pollock, Number 8 (détail), 1949

A consommer de préférence avant le…

Pop Art et Nouveau Réalisme

Le début des années 1950 voit la naissance d’autres tendances de l’art, plus subversives et profondément décisives pour l’évolution de l’art du prochain demi-siècle. Les plus connues sont le célèbre Pop art américain, et, plus politique, le Nouveau réalisme en France.

Le Pop Art américain
Aux Etats-Unis, le Pop Art apparaît au sein d’une société de consommation en plein boom : par le réemploi et le détournement plus ou moins dénonciateur des signaux les plus emblématiques d’une culture dorénavant liée au fait économique, Robert Rauschenberg, Jasper Johns, puis Claes Oldenburg, Roy Lichtenstein, Andy Warhol ou David Hockney magnifient par le formalisme de leurs œuvres les éléments les plus triviaux et les plus artificiels de cette culture. La critique reste cependant légère, et la réaction au Pop Art sera violente, notamment dans l’art minimal.Le Nouveau Réalisme en France
En France au même moment, le Nouveau Réalisme, qui réunit Arman, César, Yves Klein, Martial Raysse, Raymond Hains, Jean Tinguely, Jacques Villeglé ou Daniel Spoerri, se prononce, par le manifeste du critique Pierre Restany, pour une « aventure du réel perçu en soi ». Les artistes s’approprient le réel, qu’ils intègrent à leurs œuvres par des collages ou des reproductions exactes, ou le détachent directement de la réalité pour l’installer au musée, comme le font les affichistes. Plus politique que le Pop Art, le Nouveau Réalisme exerce tout autant une influence toujours visible dans l’art contemporain.Illustrations :– Roy Lichtenstein, Girl with Tear III, 1977
– Martial Raysse, Soudain l’été dernier, 1963

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